FOCUS

La présidentielle de 2012 sera-t-elle la plus chère de l’histoire ?

Tous les quatre ans, les sommes dépensées au cours des élections présidentielles américaines semblent augmenter sans aucune limite…

Cette année encore des milliards seront déversés dans la campagne, tant du côté démocrate que du côté républicain, car aucune disposition légale n’est prévue pour restreindre le pouvoir de l’argent.

1. Le financement public remis en question

En 2008 Barack Obama innove en s’opposant à tout financement public de sa campagne. Se faisant il refuse de toucher aux 84 millions de dollars alloués à chacun des candidats qui remporte la nomination de son propre parti.

Car curieusement le financement public se révèle être un handicap dans la pratique. Ceux qui acceptent l’argent de l’état fédéral sont en effet tenus de ne pas dépenser un cents de plus durant le reste de la campagne présidentielle.

Appliquée à la lettre, cette aide est donc un frein pour les prétendants à la Maison Blanche si l’on considère que les dépenses majeures sont précisément effectuées en fin de campagne. L’hypocrisie c’est que ces limites sont aisément contournables par un mode de financement parallèle. C’est pourquoi Barack Obama a en définitive opté pour un financement privé… alors qu’il milite personnellement un financement public.

2. La folie des comités de soutien politique

L’astuce réside dans la création de PACs, ces comités de soutien qui, en lieu et place de financer directement un candidat à l’élection présidentielle, s’occupent de vanter la politique de celui-ci ou de nuire à la réputation de ses adversaires.

En théorie ils ne peuvent pas coordonner leurs actions avec un candidat donné. Mais dans la pratique ils se limitent juste à ne pas dire « votez pour un tel » au cours des spots télévisés qu’ils diffusent sur les chaînes de télévision.

Si en 2008 les règles électorales pouvaient être facilement contournées, en 2012 les quelques garde-fous qui restaient ont tout simplement disparus! En effet il y a quatre ans le financement de ces comités de soutien était encore soumis à quelques restrictions pour réduire la part des fonds versés par des entreprises du secteur privé.

Deux décisions de justice rendues en 2010 ont cependant changé la donne, rendant le financement des candidats par des entreprises privées pratiquement illimité. Les PACs ont depuis lors adoptés le joli nom de Super-PACs !

3. Quand la justice s’en mêle…

C’est la Court Suprême qui a changé la donne en jugeant que le gouvernement ne pouvait pas interdire aux entreprises privées de financer la politique.

Les 9 juges de la Court ont motivé leur décision en invoquant le 1ier Amendement de la Constitution qui garantit le respect de la liberté d’expression. Par la suite la Court d’Appel Fédérale a précisé que les montants en question ne pouvaient pas être limités.

On peut voir ces décisions comme le résultat d’un « gouvernement des juges ». Composée 5 conservateurs et de 4 démocrates, le Court a suivi une logique partisane au moment de voter. Encore une fois, la question se pose de savoir si cette décision ne relèvait pas plutôt du Congrès dont les membres ont été élus au suffrage universel. Une chose est claire : Citizens United, l’association pro-républicaine qui a porté l’affaire devant les tribunaux, a remporté la partie.

4. Faire bouger les choses ?

Deux humoristes de la chaîne Comedy Central, John Steward et Stephen Colbert, ont mis leur forces en commun pour dénoncer avec humour l’influence grandissante de l’argent dans les élections…

Ouvertement progressistes, Le Daily Show et le Colbert Report, leurs shows télévisés respectifs tournent systématiquement les candidats à l’investiture Parti Républicain en dérision.

Stephen Colbert a donc, lui aussi, créé son propre super-PAC, Americans for a better tomorrow, tomorrow, destiné à appuyer sa candidature à la très sérieuse fonction de Président des Etats-Unis de Caroline du Sud !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce faux comité de soutien politique a tout de même récolté un million de dollars !

5. Tu ne coordonneras point !

Sur les plateaux télés de Comedy Central, le célèbre duo s’est mis à parodier les relations qu’entretiennent les candidats à la présidentielles et les responsables de ces PACs.

Comme ces derniers ne peuvent pas « coordonner » leurs efforts, ils finissent par communiquer par déclaration de presse interposée. Cette condition ridicule, censée rendre le monde politique étanche des intérêts des groupes de pression, ne fait qu’ajouter au pathos de cette campagne présidentielle.

Les deux humoristes ont d’ailleurs rebaptisé leur comité de soutien politique qui s’appelle désormais : le « definitely not coordinating with Stephen Colbert super-PAC » !


6. Les 4 principaux Super-PACs

Présentons d’abord ces fameux Super-Pacs qui – hypocrisie oblige – ne portent pas le nom  du candidat qu’ils soutiennent.

Voici les comités de soutien des quatre candidats encore en course. « RESTORE OUR FUTURE » soutient la campagne de Mitt Romney, « WINNING OUR FUTURE » soutient celle de Newt Gigrich, tandis que le « REVOLUTION PAC » finance (indirectement bien sûr !) la campagne de Ron Paul. Le « RED, WHITE AND BLUE FUND » récolte des fonds pour venir en aide à Rick Santorum.

L’appellation des deux premiers PACs insinue clairement que l’Amérique est sur la mauvaise voie avec l’administration actuelle. Les candidats républicains se présentent donc pour restaurer la grandeur de l’Amérique.

7. Que font ces Super-PACs ?

Si vous commencez à vous familiariser avec la politique américaine, vous comprendrez bien vite que tous les coups sont permis.

La diffusion des « négative ads » en particulier est une tactique électorale propre aux Etats-Unis.

72% du budget des Super-PACs serait alloué pour la réalisation et la diffusion de ces spots électoraux qui visent à entacher la réputation des adversaires politiques d’un candidat donné. Le reste est destiné à louer son bilan législatif. Vous l’aurez compris, outre-atlantique la campagne de diffamation est un sport national où les milliardaires s’affrontent à coups de millions.

8. L’élection qui valait six milliards

La stratégie de Barack Obama d’opter pour un financement privé en 2008 s’est avérée gagnante puisqu’il récoltera pas moins de 778 000 dollars alors que John Mc Cain arrivera à peine à rassembler la moitié de cette somme

Cette année, grâce à l’émergence des Super-PACs, les montants dépensés pour le choix du prochain président devraient encore battre tous les records.

On estime que 6 milliards de dollars seront dépensés en 2012 contre 5 pour l’année 2008 !

9. Qui influence les républicains ?

Mis à part ces 4 PACs, plus ou moins officiels, d’autres comités de soutien se sont créés pour soutenir le Parti Républicain ou plutôt pour battre Barack Obama à tout prix.

Cela revient au même mais témoigne néanmoins de la hargne que vouent les conservateurs au 44e président des Etats-Unis. En outre les républicains peuvent se prévaloir d’un grand nombre de lobbys et de Think Tanks plus influents les uns que les autres.

FreedomWorks: le super-PAC du mouvement Tea Party.

American Crossroads: un PAC créé dans le but de faire déménager Barack Obama de Pennsylvania Avenue. Harold Simmons, un industriel texan est son plus riche donateur. Il a versé à ce comité de soutien plus de 12 millions de dollars.

Les frères Koch, respectivement président et vice-président de Koch Industries, se sont réunis il y a peu dans un hôtel de Californie avec trois cents hommes d’affaire. Ensemble ils se sont jurés de débourser 100 millions de dollars afin de renverser le gouvernement Obama en 2012 !

10. Que compte faire Barack Obama ?

Autoproclamé champion des dons populaires récoltés via Internet, Barack Obama aurait-il menti sur le soutien des petits donateurs à sa campagne ?

Après vérification le poids de ces petits dons a été largement surévalué. On en parle même comme d’un mythe !

Les versements de moins 200 dollars n’ont compté que pour un quart des fonds récoltés en 2008. Plus étonnant : les plus grands contributeurs à sa campagne étaient des banques : Goldman Sachs, JPMorgan et Citigroup !

Cette année, bien que défendant encore un système de financement public, Barack Obama a lui aussi accepté (en février) de recevoir des dons privés à travers le Super-PAC « Priorities Action USA ». Il est donc revenu sur sa décision pour jouer à armes égales avec les candidats républicains.

Lors de la mi-temps du Superbowl, début février, Chrysler a fait passer une pub où il était fait allusion à un deuxième mandat de Barack Obama. Ce dernier pourra donc compter sur le soutien d’un secteur qu’il a renfloué au moment où il se trouvait au bord de la banqueroute.

L’actuel président des USA peut aussi compter sur le soutien traditionnel d’Hollywood au camp démocrate. Bill Maher, animateur de talk show, a fait don d’un million de dollars à sa campagne, considérant que c’était là son meilleur investissement jusqu’à présent.

Enfin Obama a le soutien des géants de l’informatique qui se sont installés dans la Silicon Valley. Google, Facebook, Twitter et LinkedIn sont autant de réseaux sociaux utilisés par le président pour débattre et rendre plus transparente la politique menée à Washington.

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